Le cercle de la défaite, de l’escroquerie et de l’échec
Par /Hannoui Abou yassine
Le pouvoir est devenu l’objectif ultime de tous les adeptes d’un partisanisme étroit, de ces amateurs d’une politique gangrenée et putréfiée, qui trônent à la tête de véritables repaires d’hypocrisie et de mensonge. Il ne reste pratiquement plus rien des piliers fondamentaux qui donnaient autrefois à la politique marocaine sa stature et sa noblesse, incarnées par des dirigeants et des martyrs qui avaient fait des partis de véritables écoles de principes, de valeurs et d’engagement. Aujourd’hui, certains partis se réduisent à des individus dépourvus de principes, de valeurs et d’éthique, transformant l’action politique en un simple moyen d’accéder au pouvoir, aux privilèges et à la satisfaction d’intérêts personnels. Ils sont devenus le repaire de la défaite, de l’escroquerie et de l’échec, où la politique se transforme en un théâtre de faux dirigeants, de calculs étroits et de marchandages, loin de toute vision nationale et de toute véritable responsabilité. Prenez garde à l’injustice envers le peuple. La prière de l’opprimé, du pauvre et de l’affamé ne rencontre aucun voile entre elle et son Seigneur. Malheur à ceux qui méprisent la souffrance du peuple et abusent de sa patience. À force de transformer la politique en un marché d’intérêts et de privilèges, certains ont fini par réduire la vie publique à une lutte pour le pouvoir, au détriment de la dignité des citoyens et de l’intérêt général. « Bande de voyous », pourrait-on dire face à cette dérive où l’hypocrisie, le mensonge, l’opportunisme et l’impunité semblent parfois avoir pris la place des principes, des valeurs et de la morale politique. Certains alliés semblent miser sur la pérennisation de la pauvreté. Leurs dirigeants paraissent tourner en rond, égarés aussi bien dans leurs visions que dans leurs démarches. Des zéros, qu’ils soient de droite ou de gauche, parvenus au degré zéro de la politique au sein de partis dominés par les féodaux et les bourgeois, cherchent pourtant à démontrer une prétendue suprématie et à imposer artificiellement leur existence sur les scènes politique et publique. Comble de l’ironie, ce sont toujours les mêmes visages, les mêmes personnes défaillantes, qui portent une part de responsabilité dans les catastrophes et les crises successives, et qui reviennent sans cesse sur le devant de la scène, utilisant tous les moyens et toutes les méthodes pour maintenir leur présence au gouvernement et au Parlement. Des voleurs partout, au gouvernement, au Parlement, dans les partis et dans certains conseils. Il est à la fois écœurant et pitoyable de les voir sélectionner, parmi les décisions et les lois, celles qui les arrangent et ignorer celles qui ne servent pas leurs intérêts, comme la loi sur l’enrichissement illicite ou le principe dit «D’où tiens-tu cela.?». Tantôt, ils cherchent à justifier, à leur propre profit, le pillage et l’évasion fiscale ; tantôt, ils tentent de bénéficier de la rente et de s’approprier les terres de l’État ainsi que les terres collectives et tribales ; tantôt encore, ils refusent ou rejettent certaines lois, n’acceptent aucune critique et interprètent à leur manière toute intervention qui ne correspond pas à leur ligne politique. Nous pouvons alors nous demander pourquoi, à chaque échéance électorale, nous remettons notre destin entre leurs mains. Pourquoi votons-nous pour ces personnes avant de les critiquer et de leur adresser des reproches après leur victoire ? Nous savons qu’elles sont corrompues ; nous votons pourtant pour elles, puis nous affirmons ensuite qu’elles sont à l’origine de toutes les crises, du pillage, des infractions, de l’anarchie, des atteintes aux deniers publics et de l’accaparement des terres. Ce qui est particulièrement frappant, c’est que ces corrupteurs et ces personnes corrompues sont les premiers bénéficiaires de tout blocage des lois destinées à lutter contre l’enrichissement illicite. Et ce ne sont ni les walis, ni les gouverneurs, ni les secrétaires généraux, ces «serviteurs de l’État»,qui se sont enrichis de cette manière ou ont détourné les deniers publics comme ont pu le faire certains hommes politiques influents de ce pays, ministres, parlementaires, secrétaires généraux de partis, présidents de conseils régionaux et locaux, intermédiaires parmi les conseillers, journalistes sans conscience, plumes rémunérées de certains quotidiens, ainsi que certains personnages insignifiants devenus directeurs de sites électroniques et dont certains ont accumulé des fortunes sans commune mesure avec leurs revenus. Parmi eux, certains n’exercent même aucune profession clairement identifiable. Et pourtant, aucune loi ne semble permettre de leur poser cette simple question, «D’où vous vient toute cette fortune ? »
Des personnes sont ainsi devenues riches sans exercer de fonction clairement définie ; elles ont grandi et prospéré dans les marécages de la corruption. Malheureusement, l’État a placé tous ses œufs dans le même panier, celui des partis et des associations. Désormais, n’importe qui peut se proclamer défenseur des droits de l’homme ou homme politique. Quelle politique ! Une politique dont la vacuité et la déformation feraient rire si leurs conséquences n’étaient pas aussi graves. Des partis ont produit, adoubé et fait émerger des élites, des individus et des formations dont l’échec et l’absurdité semblent être devenus une constante, et dont les relents nauséabonds ne disparaissent jamais. C’est le sommet de l’absurdité, doublé d’une volonté de marchandage et de troc, au sens le plus vil et le plus dégradant de ces termes. Le problème est qu’à chaque échéance électorale, la situation bascule vers quelque chose d’encore plus grave que la médiocrité et la misère de la performance politique, jusqu’à ce que la frontière entre cette situation, l’abrutissement du peuple et le commerce de sa conscience et de sa dignité devienne presque inexistante










