RENDEZ LES MINEURS À LEUR PAYS D’ORIGINE LE MAROC
Par Hannaoui Abou yassine
Avant de donner des leçons au Maroc, l’Espagne devrait se souvenir de son propre passé Avant de donner des leçons au Royaume du Maroc sur la migration, certains responsables espagnols devraient peut-être prendre le temps de regarder dans le rétroviseur de leur propre histoire. Il fut un temps où l’Espagne connaissait elle aussi la pauvreté, le chômage et le manque de perspectives. Durant les dernières décennies du régime franquiste et les années qui ont suivi, des Espagnols ont émigré à l’étranger à la recherche de travail, de stabilité et de meilleures conditions de vie. Le Maroc, de l’autre côté de la Méditerranée, a lui aussi été une terre d’accueil pour des Espagnols venus y travailler, entreprendre et améliorer leur situation sociale. L’histoire a donc connu des mouvements migratoires dans les deux sens. La Méditerranée n’a jamais été une frontière à sens unique. Hier, des Espagnols traversaient cette même Méditerranée à la recherche d’un avenir meilleur. Aujourd’hui, des Marocains et d’autres ressortissants étrangers tentent, pour diverses raisons, de rejoindre l’Europe. Alors, avant de transformer chaque épisode migratoire à Sebta en crise politique et de présenter systématiquement le Maroc comme le responsable de tous les problèmes migratoires de l’Espagne, il serait peut-être utile de se rappeler une vérité élémentaire, la migration est d’abord une réalité humaine, liée aux conditions économiques, sociales et historiques des peuples. Et surtout, les mineurs ne doivent jamais devenir des instruments de pression entre États. Un mineur n’est pas une monnaie d’échange. Un mineur n’est pas une arme diplomatique.Et la vulnérabilité d’un enfant ne devrait jamais servir de moyen de chantage politique. Quand Madrid transforme les mineurs en instrument de chantage contre l’Europe et le Royaume du Maroc, Il faut décidément beaucoup d’imagination à certains responsables espagnols pour transformer chaque épisode migratoire en feuilleton diplomatique, et encore davantage de mauvaise foi pour laisser entendre que tous ceux qui apparaissent derrière les barrières de Sebta seraient nécessairement marocains, À Madrid, on semble parfois avoir trouvé une nouvelle doctrine diplomatique, le chantage par les mineurs, Un mineur arrive..? Madrid regarde Rabat, Une crise migratoire éclate..? Madrid appelle Bruxelles, Quelques images circulent sur les réseaux sociaux..? Les plateaux de télévision s’enflamment, Et comme par enchantement, le Maroc se retrouve encore une fois placé au banc des accusés, Mais il serait temps de poser la question que certains, préfèrent soigneusement éviter, quelle est exactement la nationalité de tous ceux qui tentent d’entrer à Sebta..? Car réduire le phénomène à une prétendue « invasion marocaine » est intellectuellement paresseux et politiquement commode. La réalité migratoire est autrement plus complexe. Des ressortissants de plusieurs pays circulent dans cet espace, et les Marocains ne sauraient être automatiquement désignés comme responsables de tout ce qui se produit aux frontières espagnoles
Et surtout, les mineurs ne doivent pas devenir les otages d’une bataille politique entre Madrid, Bruxelles et Rabat, Madrid découvre soudainement la magie du mineur, L’Espagne voudrait-elle faire de chaque mineur un nouveau levier diplomatique..? Si tel est le cas, il faut le dire franchement, le Maroc n’est pas une salle d’attente de la politique migratoire espagnole
Le Royaume n’a pas vocation à récupérer indistinctement tous ceux que l’Europe ne sait pas gérer, ni à devenir le garde-frontière permanent d’un continent qui compte parmi les régions les plus riches de la planète, Mais lorsqu’il s’agit de mineurs marocains identifiés, la question est différente leur intérêt supérieur doit être placé au-dessus de toute exploitation politique. Ils doivent être protégés, accompagnés et, lorsque les conditions légales et familiales sont réunies, pouvoir retrouver leur pays et leurs familles. Car enfin, soyons sérieux, quel avenir peut-on construire en transformant des adolescents en instruments de négociation entre États..? Bruxelles doit également sortir de son confort, Et que fait l’Union européenne pendant ce temps..? Elle observe. Elle finance. Elle négocie. Elle demande au Maroc de renforcer ses frontières. Puis elle s’étonne lorsque la pression migratoire augmente. C’est une vieille recette européenne, on demande au Maroc de fermer la porte, puis on lui reproche d’être devant la porte. Il serait peut-être temps que Bruxelles comprenne que la coopération migratoire avec le Royaume du Maroc ne peut pas être fondée exclusivement sur la sous-traitance du contrôle des frontières européennes. Le Maroc est un partenaire. Il n’est pas le sous-traitant de l’Europe. Sebta n’est pas le Maroc, et le Maroc n’est pas responsable de tout
Il faut également rappeler une évidence que certains commentateurs semblent avoir oubliée, Sebta est un territoire administré par l’Espagne, tandis que le Maroc demeure un État souverain avec ses propres institutions, ses propres lois et ses propres intérêts. La question migratoire doit donc être traitée dans le cadre du dialogue entre États souverains, et non à coups de campagnes médiatiques, d’images anxiogènes et de déclarations destinées à provoquer l’émotion
Et si Madrid estime que certains mineurs sont marocains, alors qu’elle travaille avec Rabat à leur retour dans des conditions conformes au droit et à leur intérêt supérieur, Mais qu’elle cesse surtout de transformer leur vulnérabilité en arme diplomatique
Le Maroc n’a pas besoin de leçons de souveraineté, Le Royaume du Maroc a démontré, depuis des années, qu’il pouvait être un partenaire fiable dans la lutte contre l’immigration clandestine et les réseaux criminels, Mais un partenaire fiable n’est pas un partenaire soumis. C’est toute la différence. Le Maroc peut coopérer avec l’Espagne. Le Maroc peut coopérer avec l’Union européenne
Le Maroc peut participer à la recherche de solutions humaines et durables. Mais coopération ne signifie pas capitulation, et partenariat ne signifie pas chantage. Alors oui, s’il s’agit de mineurs marocains dûment identifiés, accompagnons-les, protégeons-les et, lorsque les conditions légales sont réunies, ramenons-les au Maroc. Mais que l’on cesse de faire croire au monde entier que derrière chaque migrant se trouve automatiquement un Marocain. Cette époque-là est révolue.
Le Royaume du Maroc est aujourd’hui un acteur régional incontournable, une puissance diplomatique et économique en pleine affirmation et un partenaire que l’Europe ne peut ni mépriser ni contourner. Et à ceux qui pensent pouvoir utiliser la question des mineurs pour exercer une pression permanente sur Rabat, une réponse simple devrait suffire, Les enfants ne sont pas des armes. Les mineurs ne sont pas une monnaie d’échange. Et le Maroc n’est pas un État que l’on gouverne depuis Madrid ou Bruxelles. Le Maroc est grand et restera grand. Vive le Royaume et Vive Sa Majesté le Roi Mohammed VI









