(Le ralliement (actualisé

6 أغسطس 2016 - 1:27 م

 abdelillah-benkirane-ilyass-el-omari

Lorsque Abderahman El Youssoufi a été débarqué de la  Primature, sans que cela n’est amené  les ministres issus de son parti, l’USFP, à quitter le gouvernement; un phénomène, qui va au-delà de la fin de l’alternance, venait de se produire. Il se prolonge encore sans féconder véritablement d’une nouvelle perspective ni d’un système de substitution en dépit du 20 février et malgré l’adoption quasi unanime de la nouvelle constitution. Une phase marquée, toutefois, par l’émergence d’une élite aux contours politiques incertains et aux stratégies approximatives.

En paraphrasant Antonio Gramsci cette situation ressemblerait à un vieux monde qui se meurt, quand le nouveau tarde à apparaître et dans le clair-obscur surgissent les monstres.Sous d’autres cieux c’est le temps dés loup-garou et des revanches sataniques. Dans notre mythologie ce temps s’appelle le “bouglib” ce qui signifierait approximativement le “renversant”. Il correspond à la peur et l’angoisse ressenties par certains individus dans cette phase de la journée ou la nuit arrache encore les dernières lumières au couché du soleil. C’est le temps où se dessine, à reflets vibrants, les ombres qui faisaient croire aux esprits et autres djinns. Pour échapper à cette peur et apaiser cet effroi; il fallait prolonger l’insomnie  jusqu’au moment où la lumière de l’aurore viendrait écarquiller les ténèbres de la nuit. Les “héllalas” perchés du haut des minarets ne pouvaient apaiser ni la souffrance des malades ni les gémissements des veuves éplorés et encore moins d’assurer la sécurité et la quiétude aux autres.

Ces propos conduisent inéluctablement, lorsqu’ils sont transvasés au cœur de la situation politique actuelle, à se demander pourquoi- jusqu’à présent- la crise se perpétue t elle sous des formes nouvelles, alors que d’aucuns ne remet plus en cause les fondamentaux de notre système politique! Comment, sous des vocables nouveaux e n est-on arrivé à engranger un discours insidieux, par des leaders mal compris jusqu’à dans leur propre camp, sans perspective ni adresse! Et pourquoi sommes-nous toujours à l’affût de soubresauts qui empêchent le débat autour des questions de société pour ne faire place qu’à la polémique la plus stérilisante et la plus affligeante.

Le comportement politique du gouvernement d’alternance n’était ni perceptible ni vérifié dans la pratique par manque de rupture avec les pratiques gouvernementales antérieures. Les observateurs les plus avertis ont perdu leur enthousiasme et leur impudence. C’est le moment, ou, des groupuscules confrontés à des alliances contre nature ont réagi d’un point de vue “militant” mais aussi “opportuniste” en se défiant de la mystique de la gauche et en se convertissant en même temps comme support d’obédiences et de la trame sécuritaire de l’Etat mais aussi, et paradoxalement que ca puisse apparaître, de son adversaire à la fulgurante ascension qu’est l’islamisme. Dans tous les cas de figure il n’y a, de leur part, aucune répugnance à collaborer avec la face obscure de ce système ni à promouvoir les “obscurantistes” sur les podiums électoraux.

Le rapport du cinquantenaire a été une occasion inespérée pour s’affirmer comme force d’analyse de propositions et de prévisions en toutes matières au moment où la koutla au gouvernement peinait à trouver de la matière à réformer. Avec l’instance équité et réconciliation  les jeux étaient faits et les militants incrédules de l’USFP assistaient à cette grande messe politico judiciaire où ils avaient, à peine, droit qu’aux strapontins.
En dépit du fait qu’ils ont constitué, sans doute, le gros du cortège des victimes des années de plomb -sans que cela ne devrait être déterminant lorsqu’il s’agit  de réparer des injustices – le parti de Mehdi Ben Barka s’accommodait au confort des maroquins ministériels et savourait les délices que procurent les arcanes du pouvoir oubliant qu’il s’agit, en l’espèce, d’abord et avant tout d’un parti militant, toujours à la recherche de la vérité sur son leader disparu !L’incarnation de la réforme et de l’innovation avait changé de camp et tout ce qui est arrivé comme déboires à l’USFP comme au parti de l’Istiqlal par la suite, n’étaient nullement le fruit ni du hasard ni celui du complot.
Depuis leur arrivée aux affaires, nombreuses ont été les occasions de clarification et d’élaboration tendant à  élargir et redéfinir les pactes les liant aux devenir de l’Etat et de la monarchie. Mais rien de cela n’a été fait, même, à l’occasion de l’élaboration du texte constitutionnel. Les dérapages, nés avant et après le 20 février ont favorisé également la rupture historique qu’ils incarnaient depuis des décades avec le pouvoir dans une relation tribunicienne. Ils ont pêché par manque de vigilance et de professionnalisme devant les arguties incarnées durant les différentes étapes de l’élaboration de la constitution. Ce n’est pourtant  là qu’un aspect, parmi les plus visibles, du problème. L’expérimentation de nouvelles perceptions, de communications et de participations au jeu du pouvoir pour intéressantes qu’elles furent n’a pas pu s’imposer en tant que projet global de société.
L’expérience du mouvement de tous les démocrates aurait pu devenir un grand forum d’idées et de débats sans exclusif ni contingences si elle n’avait pas obéi à un bachotage de ses différentes composantes.
Lorsque le MTD s’est transformé en parti politique, de nombreuses erreurs de casting sont venus handicaper son élan. Et ce n’était  ni probant ni judicieux, de n’avoir pour seul idéologie, que de vouloir détruire une formation politique juste parce qu’elle prône la religion, comme référence initiatique, lorsque l’Etat, lui même, se définit en tant que tel. Pas plus qu’il n’était efficient de réunir, en son sein, aussi bien des militants d’extrême gauche que des notables, des coteries, des bandes ou d’absorber des petites formations politiques sans envergure ni impact. Jusqu’à maintenant, il n’a été enclin qu’à favoriser son redoutable adversaire sur le plan électoral et se chercher une place sur l’échiquier politique .Pour cette raison, il est difficile-tant qu’il est traversé par des courants contradictoires- de le voir s’épanouir et se hisser au rang de parti de gouvernement.
En revanche, son adversaire: le PJD ,en dépit du fait qu’il soit aux affaires depuis presque cinq ans, reste toujours soumis à de redoutables appréhensions nées dû printemps arabe et de ses désastreuses conséquences sur les pays arabes et musulmans. Dans son processus de développement, le PJD caracole entre une double tare congénitale; celle qui tente de compacter un dogme à une population dont l’attribut essentiel est déjà l’islam depuis plus de quatorze siècles et le rôle qu’il  voudrait s’attribuer dans un processus démocratique évident aujourd’hui, mais auquel il ne pouvait pas participer tout simplement  parce qu’il n’existait pas encore. Le déficit politique évident  du PJD à l’épreuve du pouvoir est sans rapport avec la rigueur organisationnelle dont il fait montre. La gestion de l’Etat devrait faire la part des choses et du feu. Le chef du gouvernement n’est pas aujourd’hui que le premier ministre à la charge duquel revient la coordination de l’action gouvernemental, il est le détenteur de réels pouvoirs et de prérogatives constitutionnelles de premier plan. Déroger à cette règle sous n’importe quelle excuse c’est faillir à son devoir. Personne d’autre que son parti et lui même, ne seront soumis au verdict des urnes. Pour cela, il est nécessaire que le programme de son parti ne se contente pas au seul vœu de voir disparaître le PAM à l’aune des élections législatives du 7 octobre prochain, ni de faire de la polémique un programme ou une stratégie de gouvernement.
En fait le processus qui a conduit à l’émergence de ses deux formations dominantes souffre dans un système monarchique ancestral d’un déficit  d’historicité.  S’ils peinent  à se substituer  aux grandes formations qu’étaient l’USFP et l’Istiqlal ils n’arrivent pas non plus à  s’attribuer le rôle qui était voulu au mouvement national démocratique. À l’évidence, ce dernier, ne peut  venir se fracasser ni sur l’autel du bon vouloir d’un anarco-tribalisme habillé de gauchisme, ni de céder au dictat de la procuration de substituts auto proclamés au nom de la religion. Le 20 février 2011 n’a pas été une révolution; il est toujours temps d’en faire un nouveau pacte de ralliement autour de la monarchie.
.*Ancien Ambassadeur, ancien Secrétaire Général du Parlement

Par / Rachid Idrissi Kaitouni